Archive | septembre 2012

Ram’s meli-melo and flat’s fiasco

« »Le vent dans les arbres
Dehors quelque chose est différent
Gravés dans le marbre
Mes souvenirs et mes sentiments
Je suis un étrange étranger
Qui ne sait plus où il peut s’asseoir
Ne pas s’imposer… »

Gérard De Palmas

Nos petits plats épicés, dès le déjeuner, une explosion de saveurs et surtout tant de couleurs…

Ram, un personnage charmant de ce récit de voyages, bien que parfois légèrement abusif dans ces explications tant il veut faire aimer son pays, réussit ainsi à faire découvrir un visage quelque peu erroné de l’Inde avec une vision tellement enjolivée qu’elle est parfois difficile à avaler. Innocentes en arrivant, naïves peut-être parfois, voici deux petites occidentales en Inde qui apprennent à faire la part des choses, à prendre du recul également sur tout ce que peut leur raconter leur guide qui récite l’histoire de l’Inde comme on enchevêtre les mots dans un conte de fée. “Do you see this people who sleep on the floor or on the beach? They are so happy because they accept their situation and they have also a house but it feels very hot inside so they prefer to have the winter outside…” Elles le voient les tester au fil des jours qui avancent, un côté italien émanant de celui qui est devenu « tonton Ram » puis un papa et une maman à la fois dans ce pays qu’elles ne connaissent pas. Elles attendent chaque jour plus de deux heures dans son bureau, la ponctualité n’étant certainement pas sa première qualité, puis sirotent enfin à 16h un « ginger tea », ce  tchaï si particulierqui plus est, une spécialité. En ouvrant le journal « The hindu » ou le « Chennai’s Time » à la page des offres immobilières « for a rent », ils sélectionnent ensemble les districts les plus appropriés : « Chetpet, Egmore, Kilpauk, Anna Nagar, Chepauk, Santhome etc… », « And Triplicane, it’s very close from the University ? » mais « definitely not », pas Triplicane, trop sale pendant la mousson, un quartier musulman « very crowded » alors elles sélectionnent autre part, « the others areas » en choisissant de ne pas mettre plus de  10 000 roupies chacune par mois (150 euros), elles visitent tout et n’importe quoi, trop cher, « not furnished or ten months of deposit », elles essaient de garder espoir, mais après 10 jours de dur labeur, commençant à en avoir plus que marre, elles inscrivent leurs sourires dans l’humour noir.  Tout commence à les énerver, même Ram qui pourtant leur est véritablement dévoué, elles sont sur le point d’abandonner, de dire oui à tous les appartements dans leur budget qu’elles peuvent trouver, prêtent même à avoir un bout de chez soi avec des toilettes indiennes, aucun meuble, quitte à prendre des paillasses juste pour dire « it’s over », elles vont s’installer, « goodbye Udipi Home », une lumière leur traverse l’esprit, cette étincelle de lucidité qui leur crie : les choses ne marchent pas toujours ainsi. En s’installant dans leurs lits côte à côte la nuit venue, en réfléchissant un minimum, se précipiter sur un appartement qui leur plaît uniquement pour pouvoir enfin se poser dans un coin de l’Inde, ce n’est pas suffisant. Dure réalité malheureusement, un appartement à Chennai équivaut à en prendre un à Saint Etienne, pas cher me direz-vous mais pour l’Inde, c’est un prix à mettre quand même. Ici les grands prix se font concurrence parfois, mais la chance réussit également à leur sourire tant elles ont la foi. La chance ou la patience ? En Inde, on ne le sait vraiment pas… Ram promet et promet encore sans aboutissements parfois, « 10 months of deposit, I know the owner, he will be ok for 6 », sauf que malgré ce qu’il peut dire « The Chennai’s prodigy child » n’arrive pas toujours à faire entendre sa voix. Cependant, elles arrivent à garder leur sang-froid, se remémorant le slogan préféré des indiens « Everything is possible » et riant à souhaits en se répétant « Incredible India ».  Entre temps et pour oublier le manque de succès pouvant le gratifier, Ram les emmène dans son autre restaurant, à la plage, dans une soirée mondaine ou encore au ciné.

Le personnage est plus étonnant encore, quand à 35 ans, non marié et sans enfants, lors des quelques confidences dans sa ford fiesta grise se transforme en véritable aventurier, patron il était, conteur de sa vie il devient. Rajoutant quelques détails palpitants, inventant sans doute parfois ses rencontres ou encore ses aventures à Monte Carlo dans le coffre de la mafia. Celle-ci est l’une de celles qui les as le plus marqué : le pauvre jeune homme dans un bar sympathique de cette chère France bon chic, bon genre, rencontre une femme charmante et partage tout d’abord un verre, et prêt à raconter les détails de la nuit dans un hôtel, les filles le stoppent « eager to know the next step ». Elles entrent alors dans l’univers surréaliste qu’il souhaite créer, un coup de poing dans le torse par le père de la jeune fille, ligoter et menacer devant un ravin, rappelant quelque peu « minuit l’heure du crime, l’assassin le couteau à la main… » pouvant se compléter ici et grâce à Ram par « …tenta de jeter Ram au fond du ravin ». Une histoire incroyable, n’est-ce pas ? Toute cette agitation car à 25 ans, il était sorti avec la fille du « godfather » qui dieu soit loué n’était pas Marlon Brando pour que l’histoire reste crédible, mais qui avait une fille de 17 ans et demi qui en faisait, soi-disant, 10 de plus. Depuis cette péripétie, elles essaient de compter le nombre de petites amies de Ram qu’elles appellent affectueusement « Don Juan » mais qu’elles ont quand même supplié de trouver enfin chaussure à son pied « Why ?- just to go at an indian wedding- Oh girls, this is not a big deal, sometimes indian wedding are nothing… ». Se moquant de leur naïveté apparente, étant certaines que les mariages indiens étaient dignes d’un « Bollywood movie-so romantic and so kitsh», Ram les regarda avec des yeux bienveillants et les fit déchanter quand elles ouïrent que dans le Kerala, ce sacrement n’était représenté que par un futur époux qui met un sari de mariage à sa femme, et que dans le Tamil Nadu, bien que plus impressionnant, la cérémonie est «just boring ». Reprenant alors ses esprits, il les conduit sur le chemin de la brésilienne, « not the betra woman who just come for my classmates party but another girl », puis de l’hôtesse de l’air « who come on the week when she’s really hot », d’autres indiennes, des quelques françaises, allemandes ou italiennes, jamais des chinoises « too fins without boops » … Reprenant alors son parcours du combattant, heureux de prouver que malgré sa calvitie précoce, il reste aux yeux de quelques femmes attirant, rajoutant encore et toujours qu’il est et restera « The God of Chennai » et nous mettant dans les oreilles des histoires abracadabrantes, on peut le dire maintenant : il est avant d’être notre « Daddy Ram », un ami surprenant et hilarant.

Le 6 juillet 2012 : Chennai’s discovery

Mathsya, restaurant végétarien très réputé à Chennai

Matsya est la première des dix principales incarnations de Vishnu, elle est sa « fish incarnation »

 

The Airport

« I’m a big big girl  in a big big world .

It’s not a big big thing if you leave me 

But I do do feel that  I do do will miss you much 

Miss you much… « 

Bienvenue dans un autre monde, soulevant les cultures, dépassant les mœurs que nous connaissons en ce 6 juillet 2012 à minuit et demi, heure locale.  « Ca sent l’Inde », t’explique Sarah alors que tu n’es toujours pas redevenue toi-même, assez chamboulée, sans vraiment comprendre ce qu’il se passe mais ravie d’avoir atterrie à bon port et d’être enfin dans cet « autre-part » tant rêvé : l’Inde. Direction l’immigration avant de passer les douanes. Une bonne heure d’attente avant d’avoir les questions rituelles “What are you doing in India ?-Studies- Where ?-University of Madras- What kind of studies ?-Political Science-…”, une mini-fouille et à 1h45 du matin, le tour est joué pour récupérer (enfin) tes quelques valises. Direction les pré-paids taxis à prix fixes soient 400 roupies, que tu paies avant de monter, pour éviter les quelques arnaques mais on y reviendra, deux hommes pour transporter les bagages, un petit tour dehors avec quelques personnes qui montrent un prénom sur une plaquette, tous le même naturellement, quelques bousculades, un taxi avec des fenêtres sans vitres où tu prends place, les bagagistes qui te harcèlent toi et Sarah pour avoir des sous alors que tu ne leur avais rien demandé du tout, la nécessité de leur filer 200 roupies car tu ne comprends pas tout ce qu’il se passe autour de toi et que tu as envie de partir au plus vite dans ton hôtel qui sera ton « premier » nouveau chez toi. Une trentaine de minutes pour arriver à l’Udipi Home, le taxi qui te demande de l’argent malgré tout alors que tu as payé auparavant, qui insiste mais tu résistes, tu préfères avec ta partenaire ne pas abandonner et lui expliquer, même 5 ou 6 fois « We already paid, don’t play with us, we know that’s you’re a prepaid taxi so we gave your wadge at the airport. » et ce sont les quelques employés de l’hôtel qui arrivèrent après cette discussion de 10 minutes qui a permis à notre cher conducteur, qui nous traitait de menteuses, de nous affirmer « Ok, you’re right, bye » et de pouvoir enfin remplir et signer le Form C à l’Udipi Home, nécessaire pour s’annoncer par la suite au « Passport Office », ultérieurement le bureau de l’immigration. Et oui, pas besoin d’aller à Puducherry (anciennement Pondichéry) pour se signaler au Consulat.

Chennai's lifestyle

Udipi Home’s arrival

« Je continuerai mon errance
Au-delà des chemins de France
Je les suivrai au bout du monde
Au bout du monde…»

Après maintes et maintes papiers, tu retrouves enfin tes esprits. Cette petite voix dans ta tête qui te dit que ce n’est qu’une illusion et que ce n’est pas toi qui vit ce voyage s’arrête enfin. Nous voici face au propriétaire de l’hôtel : Ram, il est 3h du matin, il nous accompagne dans notre chambre « A.C. room » (grosse erreur par ailleurs de prendre la clim’, les détails dans d’autres chapitres) où ses employés ont déjà transporté nos bagages, discute avec nous, et même si la fatigue absorbe quelque peu notre capacité à comprendre l’anglais, Ram a un accent plus occidental qu’indien, ce qui n’est pas pour nous déplaire par ailleurs. “Do you want to go to visit Chennai with me by car now, to see Chennai by night or after your sleep?” ce à quoi nous répondons naturellement par la positive, l’envie de déjà connaître la ville primant largement sur le sommeil, nous voici partis pour un « road-trip by night », malgré nos cernes et nos yeux se refermant tout seuls, nous avons réussi à tenir cette conversation en anglais pendant plus d’une heure, Ram nous expliquant que les églises sont plus nombreuses que les temples à Chennai, que la ville est très étendue, nous faisant également découvrir de beaux bâtiments, notre université, la plage et tout ce qui pourrait être apprécié dans cette ville, qui à cette heure tardive de la nuit paraît alors plutôt silencieuse. Malgré la beauté du moment, malgré ce partage de paroles et d’histoire sur la ville dans laquelle nous allons vivre, une certaine gêne naît en moi au fur et à mesure que nous progressons dans la découverte de Chennai : ces gens, si nombreux, dormant sur les trottoirs ou sur la plage sans rien d’autre qu’une couverture ou leurs vêtements, se mélangeant à côté d’eux, les multiples chiens errants. Cette image reste plus forte encore aux vues de la circulation où les automobilistes, les motos ou encore les rickshaws manquent de peu l’accident et ne prêtent encore moins attention à ces hommes et ces femmes qui font parties de leur quotidien, qui sont inscrits dans le paysage, que les indiens plus riches aperçoivent sans véritablement les voir. Y faire attention dans la religion hindouiste serait vouloir changer leur karma. Or, et même si cela m’apparaît toujours assez cruel mais que je commence à en comprendre les raisons, Ram nous a un peu expliqué le fonctionnement de la religion hindouiste. Ainsi, l’idée de caste arrive aussi avec cette idée de réincarnation, par exemple pour être un Brahmane soit une haute caste, le dharma soit ton chemin de vie présent doit être un exemple de pureté, ton karma soit tes prochaines vies, ne seront que meilleures que celle que tu as maintenant. Ram a par ailleurs trouvé cela tout à fait logique de nous expliquer que les gens dans la rue, sur les trottoirs étaient heureux car ils n’avaient d’autres choix. La nécessité de prendre le peu que l’on a en l’appréciant est la base de cette religion et de la culture indienne. Le fait d’apprécier sa situation qu’elle soit bonne ou mauvaise permet d’améliorer son karma. Mais parfois, cette vision semble avoir ses limites.